TGV - L'Echo de la Haute-Vienne à l'initiative d'un débat de qualité

On a beau regarder dans tous les sens le numéro du 30 mai 2006 de l'Echo de la Haute-Vienne, force est de constater la réalité : c'est du bel ouvrage. En effet, ce journal, diffusé dans les trois départements du Limousin plus la Dordogne et l'Indre, présente un dossier de qualité sur la TAA :

Tout d'abord, une interview pour présenter la TAA, jusque-là rien que de très classique, tout le monde l'a déjà fait, si l'on excepte les journaux parisiens peu avides de ce qui peut se passer dans la lointaine province si l'on en juge par Le Monde, plusieurs fois sollicit s soit via un journaliste, soit via les rubriques horizons-débats où toutes les propositions d'article ont essuyé un retour à l'envoyeur sous prétexte qu'il n'y avait pas assez de place...

Non, l'originalité du dossier de l'Echo de la Haute-Vienne réside ailleurs : en effet, en plus de l'interview, ce journal a eu l'intelligence de demander à plusieurs personnalités du Limousin de se positionner offrant ainsi à ses lecteurs un débat de qualité. Ainsi, le soutien actif d'Alain Rodet, Président de Limoges Métropole, est confirmé, ainsi que celui de Jean-Pierre Limousin, Président de la CCI de Limoges.

On apprend, en revanche, que le point de vue du Vice-Président chargé des transports au Conseil Régional du Limousin n'a pas évolué malgré la rencontre avec des membres d' impliqués dans le mouvement social. En effet, le Vice-Président est pessimiste lorsqu'il voit une mise en oeuvre de la TAA qui ne sera pas achevée, selon lui, avant 50 ans. Il s'appuie ainsi sur cet argument pour justifier que la Région, si elle est bien adhérente d', n'a pas souhaité participer au financement de l'étude. Sauf, qu'en ce qui concerne l'étude, il ne s'agit pas d'attendre 50 ans, elle est en cours, et ses résultats peuvent apporter des enseignements utiles à des prises de décisions futures.

Et il conclut : « On a d'autres chats à fouetter ». Une fois de plus, la prospective passe pour une distraction de salon pour oisifs... Une fois de plus, le rôle de la prospective comme dynamiseur du présent en offrant à ce dernier un avenir, est oublié.

Au moins, les positions ont-elles le mérite d'être clairement exprimées pour permettre aux citoyens de se prononcer.

Enfin, un adhérent d', impliqué dans le mouvement social, parle de bouffée d'oxygène et déclare : « Un an après l'échec du référendum sur la Constitution européenne, je pense que la France du non peut réaliser ce projet d'envergure nationale et européenne et manifester sa volonté européenne inscrite dans le territoire. »

Voilà, en effet, une belle occasion d'éprouver le bien-être de s'inscrire dans une démarche « pour », une démarche de bâtisseurs.

L'analyse d'Olivier Ruiz, responsable des régions à l'Echo, mérite d'être intégralement reproduite :

« Le chemin de traverse

Prendre une ligne ferroviaire médiane pour relier l'Europe de l'ouest et de l'est par une voie ferrée semble une bonne solution.

Au nord, la transversale parisienne est saturée sur la route comme sur les rails. Une situation identique se dessine sur le pourtour méditerranéen, de Barcelone à l'Italie. Ne parlons pas du couloir rhodanien. Et les analystes sont unanimes, le développement des échanges ne fera qu'augmenter dans les décennies à venir dans un contexte européen et mondial où le prix de l'énergie sera de plus en plus élevé. Et où les questions environnementales seront cruciales.

En regardant donc à l'échelle européenne, développer une liaison ferrée de grande capacité pour transporter fret ferroviaire et passagers se glisse parfaitement dans le corset parfois étroit de plusieurs logiques : l'économie et l'écologie.

Si ce « train d'union » venait à passer par ou près des régions qui ont besoin de développement comme les nôtres, si ce train venait à mettre en liaison dans des temps acceptables les ports de la façade atlantique de la Bretagne au Portugal, et le reste de l'Europe, qui pourrait s'y opposer, quel homme politique pourrait éviter d'y réfléchir. Au nom de quel dogme ? C'est en tout cas l'affaire de tous, de l'intérêt public que d'envisager de prendre pour une fois un chemin de traverse.

Utopique d'envisager une infrastructure de grande envergure, de mettre en oeuvre une politique de grands travaux dans un territoire qui vit la crise depuis plus de 30 ans maintenant ? Non,assuréùent non. Ambitieux oui et en tout cas moins ridicule que de placer quelques emplâtres sur des jambes de bois sans âge, d'une autre époque, que de satisfaire des pis-aller. Mais osera-t-on faire un pied de nez au sacro-saint centralisme français ? »

Tout est dit. Bravo et merci M. Ruiz, ça fait du bien de sentir moins seuls.

Cette analyse fait par quelqu'un d'autres qu' n'en a que plus de résonnances en montrant ainsi que les thèmes défendus par ne s'adressent pas aux extra-terrestres mais bien aux citoyens terriens d'aujourd'hui. L'heure est à la fédération des énergies !

Bravo à l'Echo de la Haute-Vienne et à sa manière de présenter un dossier qui permet le débat et qui constitue un exemple à suivre pour les médias dont les éditorialistes déplorent qu'il n'y ait plus de débats dans la France d'aujourd'hui mais en se gardant bien de donner la parole aux idées émergentes. A qui la faute Mesdames et Messieurs les journalistes ?