grande vitesse - En marge de l'Assemblée Générale 2005, questions à Michel Caniaux

Sur quoi repose la stratégie de l’ aujourd’hui ?

Nous avons développé un partenariat avec les collectivités. Et puis, les projets s’accélèrent aussi lors de rencontres. C’est ce qui vient de se produire en Auvergne où, Pierre-Joël Bonté et Serge Godard, ont des projets pour désenclaver. Le projet Massif pour Pierre-Joël Bonté, le souci du rayonnement de Clermont pour Serge Godard. Et, parallèlement, le projet . La complémentarité était évidente. Ces complémentarités existent bien sûr dans toutes les collectivités traversées par la TAA (Transversale ferroviaire, fret et voyageurs, Alpes-Atlantique), mais certaines sont encore habitées par une peur qui les empêche de les reconnaître, la peur, non justifiée, de devoir abandonner des projets auxquels ils ont parfois consacré une partie non négligeable de leur vie professionnelle. Nous voulons aussi mobiliser les citoyens pour qu’ils appuient ce projet qui transformera leurs habitudes de déplacements.

Quelle est la plus-value que vous apportez aux régions ou aux collectivités en général ?

Les Régions, tant les services que les élus, ont souvent le nez dans le guidon, ils subissent la pression des exigences du court terme et doivent se battre pour tenir les délais des projets programmés et courir après les financements correspondants. Notre association est loin de connaître la même pression et par conséquent nous pouvons faire de la prospective en toute décontraction, et nous lâcher pour tendre vers la situation idéale, ce qui ne veut pas dire sans rigueur.

Un élu nous avait dit que nous répondions à des questions qu’ils ne s’étaient pas encore posés, voilà notre plus-value : l’anticipation avec la prise en compte des réflexions existantes.

est un laboratoire d’idées qui explore d’autres pistes que celles connues de tous et qui apparaissent immuables au point de provoquer un ennui démobilisateur.

Est-ce que vous ne pouvez-pas gêner les régions en brouillant leurs messages?

Non, pour la bonne et simple raison que nous soutenons leurs projets dont beaucoup sont incontournables et relève de la regénération du réseau et d’autres, à travers les LGV, participent à la construction du Réseau européen, celui-là même qui intéresse avec raison l’Auvergne et sur lequel elle entend avoir sa place.

Ce qui vient de se passer en Auvergne constitue un cas exemplaire : alors que le barreau TGV Montchanin allait de soi, des acteurs économiques ont été écouté, puis, leurs idées ont été brassées sans préjugés par le CESR pour arriver à un nouveau projet plus adapté aux exigences actuelles. Tous ont accepté que la TAA élargisse leur raisonnement intellectuel et ont pu échapper ainsi au repli toujours lié à l’attachement à de vieilles idées décalées. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai toujours considéré le débat : chacun arrive avec ses idées, on discute et on ressort avec quelque chose de nouveau. Je dois avouer que nous avons été les premiers surpris du résultat, agréablement surpris, mais surpris quand même. Encore une fois, c’est ça le vrai débat qui fait défaut chez nous : brasser des idées pour arriver à une production inédite et inattendue qui ouvre de nouvelles perspectives.

M. Rey du CESR a conclu qu’il n’y avait pas de plan de développement à long terme du ferroviaire ?

En effet, il y a des projets, plus ou moins importants, mais rarement reliés entre eux au point d’apparaître comme concurrents et non comme partie indissociable d’un ensemble assez vaste. rappelle que l’aménagement du territoire c’est une vision globale et à long terme.

Y a-t-il besoin d’ pour permettre aux régions de travailler ensemble ?

Les régions travaillent déjà ensemble, mais sur les infrastructures elles ne travaillent pas sur la même échelle. Ainsi Bretagne et Pays de Loire travaillent ensemble sur Nantes-Rennes et l’aéroport de Notre-Dame des Landes. prend au mot ceux qui parlent de ND des Landes comme devant être l’aéroport du Grand Ouest, ce n’est pas pour rien que le Réseau Armorique est né dans le cadre du débat public sur l’aéroport de ND des Landes. A l’époque, la DATAR avait audité .

Une liaison rapide Nantes-Rennes n’aura pas la même consistance selon qu’elle n’intéresse que deux régions ou, au contraire, qu’elle aille bien au-delà en étant un maillon d’un axe européen. Dans le premier cas on sera sur un projet a minima car la clientèle concernée sera moins importante que dans le second où le retour sur investissement du projet sera plus rapide et l’ambition en matière d’infrastructures plus grande. De plus, plus il y a de régions concernées et plus le projet sera porté.

Notre plus-value est de repousser les limites pour créer des espaces à l’échelle de l’Europe.

est donc un facilitateur qui, lorsqu’il parle, par exemple, aux Auvergnats ne perd pas de vue les problématiques ligériennes ou bretonnes etc…

Vous n’avez pas l’exclusivité, d’autres associations peuvent-elles contribuer au débat ?

Absolument et nous-mêmes nous travaillons avec les associations, il n’y a donc pas de concurrence mais complémentarité dès lors qu’il y a échanges. C’est ainsi que se construisent les projets.

Les projets que vous proposez ne sont-ils pas figés , intouchables ?

Bien sûr que non ! Le meilleur exemple est ce qui se passe sur le tronçon central Angoulème/Poitiers-Lyon. Au début, il y avait un trait sur une carte qui avait pour objet de marquer les esprits pour voir qu’il était déjà possible de traverser la France de part en part sur un axe est-ouest. Ce trait avait fait réagir, puis en 2003 des groupes techniques se sont constitués. Et depuis, le groupe technique Tronçon Central vit, co-animé par Clermont Métropole, l’Agence d’Urbanisme de Clermont, sous l’impulsion de son Directeur, Claude Schwartzmann et de son équipe, et . C’est un projet évolutif, mais de toute manière, les conclusions de la pré-étude seront déterminantes notamment en matière de tracé en insistant sur le rapport coût de l’investissements/gains socio-économiques.

Et pourtant, à vous entendre parfois on pourrait croire que c’est ou rien, au risque de passer pour un arrogant ?

Au-delà du choc de la formule, il faut bien se rendre compte que nous remplissons un vide suite à l’absence de réflexions satisfaisantes en matière d’aménagement du territoire. Maintenir, pour mieux reléguer, Limousin et Auvergne dans des culs de sacs, est-ce ça l’aménagement du territoire ? Ou doter Bretagne et Pays de Loire d’un unique accès TGV sur Paris et au-delà, sans rien offrir de performant pour aller vers le sud-ouest ou le sud-est, c’est encore la logique cul de sac. Ou retenir Aquitaine et Poitou-Charentes prisonniers d’un couloir nord-sud et les priver des autres points cardinaux, ce n’est pas davantage satisfaisant. Et en privant Rhône-Alpes d’un point cardinal, n’est-ce pas accoucher d’une réflexion incomplète ?

Donc, en matière d’aménagement du territoire il n’y pas de réflexion concurrente, c’est un fait. La France est coupée en deux par le Massif Central, à l’heure de la construction européenne, c’est une ineptie : il faut la réunifier !

«  ou rien » ne concerne donc pas les projets qu’ont à cœur de développer toutes les régions pour améliorer les conditions de vie de leurs citoyens.

N’êtes-vous pas découragé par les critiques qui tournent souvent autour de la même chose et ce, malgré vos explications ?

Parfois, nous nous demandons ce qu’il faut dire, en plus de ce que nous avons déjà dit, pour rassurer. En effet, nous n’hésitons pas à nous lancer dans de grandes explications pour qu’à la fin nous constations que tel ou tel interlocuteur n’a pas fait évolué son point de vue d’un iota. En cinq ans, nous avons connu bien des remises en question, mais c’est ce qui a permis au projet de vivre, de ne pas être étouffé dans l’œuf. Par ailleurs, outre les salutaires remises en question, cela alimente le moteur de notre action en nous obligeant sans cesse à trouver des réponses aux questions posées et à renforcer ainsi les fondations du projet.

J’avoue que, là où nous avons du mal, c’est avec ceux qui opposent TAA et réseau classique. Et lors de l’AG, j’ai carrément demandé ce qu’il faudrait dire ou écrire de plus pour les rassurer définitivement. Je n’ai pas eu de réponse. On n’oppose pas demain à après-demain.

La légitimité d’ ?

La pertinence du projet TAA et son audience croissante. Cinq ans après le début de la démarche TAA celle-ci prend de l’ampleur : projet utopique, puis à long terme, et maintenant mise en place d’un lobbying dans les prochains mois.

Légitime aussi en œuvrant pour un service public de qualité qui ne soit pas un symbole au service d’un système mais bien un outil au service des citoyens de ce pays : nous ne faisons que répondre aux besoins des habitants.

Après l’Assemblée Générale du 14 octobre, quel est votre souhait ?

Il y en a plusieurs :

  • qu’il y ait une mobilisation rapide pour obtenir les financements de la pré-étude. Il nous reste 240 000 euros à trouver. Compte tenu du nombre de collectivités concernées ce ne devrait pas être insurmontable.
  • que les éventuelles réticences s’effacent devant les hauteurs de l’enjeu dans lequel à l’aménagement du territoire se mêlent réchauffement climatique, maîtrise énergétique et cohésion sociale.
  • qu’un groupe technique Atlantique nord, pour la partie Poitiers-Nantes-Rennes-Caen, se constitue, réfléchisse et affine le projet TAA/Réseau Armorique pour les territoires qui le concerne, à l’image de ce qui fiat pour le Tronçon Central.

Sans oublier, une fois encore, la mobilisation des citoyens : qu’ils nous rejoignent en adhérant pour s’approprier le projet et l’affiner grâce à leurs remarques. Mais, au fait : n’est-ce pas cela la démocratie citoyenne ?