LGV - Avec l'Auvergne, osons l'aménagement du territoire...

En ces temps de mondialisation galopante, les acteurs politiques déplorent la diminution de leur champs d’influence. L’aménagement du territoire reste un des secteurs sur lequel ils ont encore prise…à condition de le vouloir.

Or, le 7 octobre, l’avis du CESR d’Auvergne souhaitant vivement que l’Association Logistique Transport Ouest () dispose des moyens nécessaires pour réaliser rapidement l’étude de faisabilité de la TAA (Transversale ferroviaire, fret et voyageurs, Alpes-Atlantique), ce projet novateur qui permettra à l’Auvergne et au Massif Central de tirer parti de leur positionnement géographique, est passé inaperçu et n’a pas été relayé par les grands médias nationaux de plus en plus aveugles et sourds à l’éclosion de nouvelles pensées, à l’image de la classe politique qui les hypnotise pour qu’ils nous servent les mêmes rengaines. Les éditorialistes ont alors beau jeu de se plaindre de la pauvreté des débats . Et pourtant, quelle révolution politiquement incorrecte ! En effet, pour la première fois une liaison transversale est préférée à une liaison parisienne. Le CESR a abandonné l’idée d’un barreau TGV via Montchanin qui visait à une accélération des relations de Clermont-Ferrand avec Paris, et l’Europe, a-t-on coutume d’ajouter selon le discours convenu sans que cela recouvre une réalité et empêche Clermont d’échapper à un statut de cul de sac.

C’est l’idée d’une transversale, portée depuis cinq ans par (Association Logistique Transport Ouest) qui se voit ainsi consacrée par les conseillers, le Président du CESR, Michel Doly, déclarant qu’il valait mieux être un carrefour sur un axe est-ouest qu’un cul de sac sur un axe nord sud.

Et quel axe ! Un axe européen, le corridor V Lisbonne-Kiev via le Lyon-Turin qui aujourd’hui, faute d’études et d’avis divergents, semble devoir passer tout naturellement via le sillon rhodanien puis Montpellier, Perpignan et Barcelone, un axe déjà saturé.

Le défi est donc de taille : faire passer cet axe à travers le Massif Central grâce à un barreau de 400 km entre Angoulème et Lyon. Reste qu’avec une branche Limoges-Poitiers-Nantes-Rennes-Caen, une opportunité se présente également aux Pays de la Loire, à la Bretagne et à la Basse-Normandie, bénéficiant déjà de bonnes relations avec Paris mais qui peuvent soit améliorer leur position sur le réseau européen, constitué par les lignes à grande vitesse, pour la Bretagne ou tout simplement y avoir accès pour les Pays de la Loire et la Basse-Normandie.

Et c’est pour rompre avec cette habitude de pseudo-aménageurs du territoire de desservir en antenne les régions dites défavorisées, les transformant en culs de sac qui renforcent encore leur enclavement et l’inaccessibilité en découlant, que les cartes sont rebattues. La problématique est la même pour le Limousin avec le barreau TGV Poitiers-Limoges, menant également à une voie sans issue d’où l’attachement au POLT qui place le Limousin un carrefour sur un axe Paris-Toulouse. Le faible trafic du barreau attendu par rapport à l’ampleur de l’investissement laisse déjà présager sa non réalisation. En revanche, l’intégrer dans un axe transversal lui donne immédiatement plus de lustre...et d’avenir.

De même que, doter Bretagne et Pays de Loire d’un unique accès TGV sur Paris et au-delà, sans rien offrir de performant pour aller vers le sud-ouest ou le sud-est, sert encore la logique cul de sac. Ou retenir Aquitaine et Poitou-Charentes prisonniers d’un couloir nord-sud et les priver des autres points cardinaux, ce n’est pas davantage satisfaisant. Et en privant Rhône-Alpes d’un point cardinal, n’est-ce pas accoucher d’une réflexion incomplète ?

En matière d’aménagement du territoire il n’y pas de réflexion concurrente à celle générée par la TAA, c’est un fait. Il est inutile d’en prendre ombrage, il faut se mettre au travail tous ensemble.

Le Président de la Région Auvergne, Pierre-Joël Bonté a donc pris le portage politique du projet TAA, fort d’une sensibilité aménagement du territoire avec un véritable projet, le projet Massif Central. Il a vu, dès le début de la démarche, il y a quatre ans alors qu’il était Président du Conseil Général du Puy de Dôme, dans la TAA un des outils pour mener son projet à bien. A ses côtés, Serge Godard, Président de Clermont Communauté et Maire de Clermont, et Jean-Yves Gouttebelle, Président du Conseil Général, se sont également engagés dans la démarche. Avoir un projet est vite dérisoire si l’on ne se donne pas les moyens de le mener à bien. Le rééquilibrage du territoire passe par un tel engagement.

D’un côté une réduction de temps de parcours de Clermont-Ferrand vers Paris voire Lille, de l’autre, avec la TAA, une ouverture sur Bretagne, Pays de la Loire, Basse-Normandie et l’Espagne, l’Italie, la Suisse en passant par Lyon, Bordeaux et Nantes.

Il convient de rassurer ceux qu’un tel projet effraie. En effet, procédons par étape, à savoir la réalisation de la pré-étude fonctionnelle qui doit confirmer ou infirmer le projet TAA, et dans le premier cas, le faire entrer dans une programmation. Cette étude, c’est 360 000 euros. Un jeu d’enfant quand on sait que 15 Conseils régionaux, 36 Conseils Généraux, 65 CCI, 70 Communautés d’agglomération sont concernées. Mais, si la solidarité territoriale a encore quelques progrès à faire, la nouvelle donne devrait faciliter les choses. Déjà le clivage s’opère entre ceux qui cherchent un moyen pour faire et ceux qui cherchent une excuse pour ne pas faire.

Les décideurs savent que l’amélioration des relations avec Paris se fera. En Espagne, la décision de réaliser le TGV Madrid-Séville avant le TGV Madrid-Barcelone procédait de la même intention d’inverser les priorités : commencer par construire ce qui ne va pas de soi avant ce qui va de soi pour garantir le maillage du territoire. L’amélioration de la ligne Clermont-Paris n’est pas pour autant abandonnée mais où est la meilleure rentabilité : quand on gagne 35 minutes sur 420 km ou 1h30 sur 140 km ?…

Cela pourrait servir de leçon à d’autres régions qui ont des problématiques semblables. Au moment où les transversales sont mal en point il s’agit pour la première fois de penser la transversalité en tant que telle.

Une chose est désormais sûre, grâce à la TAA, l’aménagement du territoire ne passe plus exclusivement par Paris.

Michel Caniaux
Président d’